L’héritage des cisterciens

Les cisterciens, au début de l’an 1000, avaient déjà tout compris des économies d’eau. En effet, l’eau conditionnait  la pérennité de la communauté. Ils avaient imaginé et mis en place, dans leurs monastères, un circuit très ingénieux, où aucune goutte d’eau potable n’était perdue. L’eau de pluie recueillie servait en premier lieu aux ablutions et aux cuisines, puis à la vaisselle, passait au potager et aux animaux, avant de rejoindre le circuit des eaux usées puis les « commodités» de l’époque. Restons dans la lignée de ces pionniers du développement durable.

« Si l’eau m’était comptée »

Comment arroser les plantes à bon marché ?

  • Si vous avez un jardinet ou que vous cultiviez vos plantes sur un balcon ou une terrasse,
    • l’eau que vous récupérez lors du lavage de vos légumes peut suffire. Elle contient les sels minéraux.
    • L’eau de cuisson de légumes refroidie peut également être utilisée à condition qu’elle n’ait pas été salée ! Toutefois, dans plusieurs régions, l’ajout de chlore n’est pas toujours apprécié par les légumes.
    • L’arrosage lessive le terreau des jardinières: toute l’eau qui traverse le terreau et ressort par le trou de drainage pour se retrouver dans la soucoupe est chargée en éléments minéraux dissous. Et c’est autant que la plante n’absorbera pas. Il ne faut donc pas, en croyant bien faire, noyer les jardinières sous les arrosages.
  • Mais si vous disposez d’un jardin plus important, la récupération des eaux de pluie est indispensable.
    • Pour cela, il existe des conteneurs prêts pour l’emploi dont le branchement à la descente de conduit d’évacuation des eaux pluviales est facile.
    • Une autre solution consiste à se procurer des cuves en plastique qui après nettoyage feront l’affaire. Quatre toits remplissent mes réserves de 4 m³. Dans l’année, c’est plus de 20 m³ d’eau récupérés !

Piscine "Bac à vache"

Piscine « Bac à vache »

Conteneur à eau 1000 litres

Conteneur à eau 1000 litres

Comment économiser l’eau ?

  • Si les réserves ont disparu, il faut utiliser l’eau du réseau urbain  et bien cibler son arrosage. Depuis plusieurs années, j’ai proscrit la balancelle, car arroser par aspersion favorise la pousse des mauvaises herbes et provoque une gaspillage d’eau. Une partie de celle-ci s’évapore avant de toucher le sol, une autre partie est déposée au petit bonheur à des endroits où on n’arroserait normalement pas, et une autre enfin atterrit sur les feuilles d’où elle s’évapore aussitôt.

  • Les légumes qui fabriquent beaucoup de feuilles avec peu de racines sont de vrais soiffards (haricots, pois, salades); il faut les arroser tous les 2-3 jours copieusement.
  • les tomates, les melons, les courgettes, les pastèques demandent un arrosage régulier. Comme pour la production de pêches savoureuses, un arrosage réfléchi est indispensable. Trop d’eau et la pêche est fade, pas assez et le fruit est dur.  Il en est de même pour les tomates, les melons, les courgettes, les courges; ces légumes supportent mal l’alternance sécheresse/humidité: pas assez d’eau et  les fruits restent petits, ont une peau dure qui craque à la première averse! trop d’eau, les fruits sont gorgés d’eau et les maladies risquent d’arriver et de compromettre la qualité. Comme ces légumes réclament environ deux litres d’eau, par jour et par plante, le système du goutte à goutte est fortement conseillé. Il a été adopté dans le « Potager extraordinaire de La Mothe Achard » en Vendée.

Le rétenteur d’eau

Pourquoi ne pas utiliser un produit rétenteur d’eau. Il stocke l’eau (les petits granulés vont gonfler pour stocker jusqu’à 100 leur poids) lors des arrosages ou  des pluies. Il  la restitue aux plantes au fur et à mesure de leurs besoins. Lorsque toute l’eau est rétrocédée à la plante, il ne va pas reprendre l’eau de la plante.  Ce produit limite également le ruissellement de l’eau notamment lors des fortes pluies.

Cristaux d'eau

Ces cristaux d’eau trouvent  donc leur place dans le jardin pour les légumes qui demandent un arrosage régulier comme la tomate, la salade. et également  pour les « soiffards », pois, haricots . Il a sa place dans les jardinières et les bacs, dans vos pots de fleurs, surtout si vous pratiquez une culture « hors sol » sur votre balcon ou votre terrasse… et que vous partez en vacances quelques jours!

Il faut que votre rétenteur d’eau soit au plus près des racines pour être le plus efficace. vous devez donc l’incorporer à votre terre à une profondeur de 10 centimètres.

Ce rétenteur d’eau reste efficace plusieurs années. Vous risquez moins de les perdre si vous pratiquez un potager en carrés.

Certaines couches de bébé contiennent des particules rétentrices d’eau. Après les avoir lavées et séchées, vous pouvez les enterrer à côté de vos tomates. Essayez toujours!

Sachez qu’il existe un rétenteur d’eau très naturel: le lombricompost.

Petite astuce

Pour éviter un contact trop brusque de l’eau froide  voire glacée et de la terre  chaude, il est préférable laisser chauffer l’eau au contact du soleil durant tout l’après-midi.

Pourquoi faut-il arroser son potager et ses arbres fruitiers ?

Bien sûr pour donner à boire à vos plantes. Dans certaines circonstances, il faut réapprendre au sol, surtout s’il est argileux, à se réhydrater.

  • la sécheresse transforme le sol en véritable  farine comparable au sable du désert. Le vent peut emporter ce sol déshydraté de consistance poudreuse. Lors d’une pluie éventuelle, l’eau aura tendance à courir. L’arrosage fixe donc le sol.
  • Il permet maintenir le travail  du sol en faisant pénétrer les différents matériaux décomposés et assurer le travail des micro-éléments. Pour cela il faut commencer par mouiller en surface, pour que la terre « gonfle », surtout si elle est argileuse. Un autre phénomène, bien connu des personnes dont les maisons se sont lézardées après une sécheresse,  le phénomène du « puits ». Des crevasses parfois profondes apparaissent dans le sol. Votre terrain se disloque. Si vous arrosez la même partie du sol,  l’eau va descendre sans hydrater votre arbre. Il faut donc arroser par intermittence.
  • Après l’arrosage, l’arbre ou le légume se sentant moins stressé va prendre son temps pour produire de plus gros fruits , de plus beaux légumes, il ne raccourcira pas son cycle de vie en montant rapidement à graines.
  • En cas de pluie, vos arbres et vos légumes  ne se gorgeront pas brutalement d’eau. Les fruits risqueront moins d’éclater.

Quand faut-il arroser son potager et ses arbres fruitiers ?

  • Sachez que pour que l’eau « grimpe » dans la plante, la sève doit être aspirée par les feuilles. Cela est possible grâce à l’ouverture des stomates, des minuscules petites bouches situées  sous les feuilles, tout le reste de l’épiderme de la plante est imperméable! Pendant la journée, les stomates (comme vos volets) restent fermés.A la tombée de la nuit, ils s’ouvrent temporairement en quête d’humidité, mais se referment la nuit venue. Profitez de cette courte période pour vaporiser une eau à température ambiante sur vos plantes, afin d’imbiber le sol sans risque d’évaporation et d’augmenter durant la nuit le taux d’hygrométrie. C’est très tôt le matin que vous mettez à disposition de vos plantes l’eau nécessaire. En effet, les stomates sont largement ouverts, l’humidité de l’air étant plus élevée. (c’est également à ce moment que la fertilisation foliaire est la meilleure).
  • Il faut arroser en fonction de sa terre.

Mieux vaut arroser longuement une fois par semaine qu’un petit peu tous les jours notamment dans les terrains argileux. Aucune goutte d’eau n’est perdue, toute l’eau sera restituée sur une longue période. Si seuls quelques centimètres de terre sont humides, les racines se développent en surface et ne plongent pas en profondeur. En cas de sécheresse, (absence de quelques jours du jardinier!)  les plantes n’auront aucune ressource pour survivre. Si la terre reste humide en profondeur, une sécheresse de surface n’aura aucune incidence grave sur les plantes. En revanche, une terre sableuse ne retient pas l’eau, car elle est fine, légère, meuble, et contient peu d’argile. Si l’on apporte trop d’eau, celle-ci file directement dans le sous-sol. Il faut donc arroser plus souvent qu’en terre argileuse, et moins à la fois, puisqu’elle n’a aucune capacité de stockage.( deux voire trois fois par semaine.

Comment maintenir l’humidité du sol ?

Pour éviter une trop grande déperdition d’eau en été surtout, on peut piocher la terre ou pailler son terrain.

  • Un piochage= 2 arrosages       

Les agronomes ont montré que la rétractation de la terre sèche entraine la formation  d’innombrables et minuscules «cheminées» ou canaux superficiels, qui, par capillarité, favorisent l’évaporation de l’eau sous-jacente. En brisant cette croûte, le jardinier détruit ces «cheminées» bien mal venues. Il stoppe donc l’évaporation de l’eau, ce qui vaut bien un arrosage, voire deux!

> Pour avoir davantage de renseignements sur les outils pour piocher le sol consultez Bonne pioche.

  •  Un bon paillage= 4 arrosages

Des matériaux inertes ou à décomposition lente.

Les planches placées entre les rangs de légumes limitent l’évaporation.Planches protectrices Des  bâches font également l’affaire.Planches protectrices pour les fraisiers

  • Les feuilles de feuillus sont aussi les bienvenues pour assurer un bon paillage.
  • Le paillage de fougères.
  • La paille de céréales, blé, seigle, est conseillée pour les arbres fruitiers (pêcher, pommier, poirier, prunier, abricotier). Dans bon nombre de fermes, on utilisait de la paille de seigle pour attacher (relever) la vigne. Lors du tri, la partie impropre à cette tache était utilisée comme couvre-sol pour les légumes. C’était un très bon isolant d’autant que la paille n’avait pas été aplatie. Elle réfléchissait également une partie du rayonnement solaire.
  • 3 bonnes raisons d’utiliser la paille de chanvre

    1. Elle est reconnue pour ses propriétés isolantes
      •  l’hiver en réduisant le risque de gel de la plante. Les paillettes de chanvre en s’agglomérant diminuent la battance et donc l’érosion des sols
      • L’été, grâce à sa forte capacité de rétention d’eau supérieure à 4 fois son poids, elle joue un rôle de tampon qui limite l’évapotranspiration et donc le besoin en arrosages.
    2. Écologique et économique
      • En se décomposant, elle apporte de l’humus qui enrichit le sol en matière organique et un pH neutre favorisant la biodiversité et la vie du sol.
      • Issue d’une agriculture ne nécessitant aucun intrant donc pas de produit de traitement ni d’engrais.  La culture de chanvre dont j’utilise la paille est produite à 90 % en Vendée dans un rayon de moins de 100 kilomètres autour de l’usine, ce qui limite les transports.
    3. Esthétique
      • La paille de chanvre est d’une couleur allant du blanc au jaune clair avec des teintes parfois un peu sombres.
      • Elle garde assez longtemps ses couleurs, mettant en valeur les plantations.

    L’épaisseur varie en fonction de l’usage et de la destination:

    • Pour les plants potagers, une épaisseur de 3 centimètres.
    • Pour les plantes à massifs, une épaisseur de 4 centimètres.
    • Pour une haie, une épaisseur de 6 centimètres.

Vous pouvez mettre une couche de BRF , recouverte de carton sur lequel on étale la paille de chanvre.

  • le paillage de miscanthus, un matériau en cours d’expérimentation aux jardins familiaux de Challans: la quantité nécessaire pour un bon paillage est de 2 à 3 cm d épaisseur, soit une quantité de 20 à 30 litres par m².

  • Les écorces retiennent l’eau au pied des plantesEcorces de pin maritime et favorisent son absorption par les racines.


Les déchets de tonte
de gazon

  • Différentes herbes peuvent être utilisées comme paillis.
  • Lors de leur décomposition, ces plantes absorbent de l’oxygène et peuvent en priver vos légumes ce qui provoque une faim d’azote.
  • Il faut aérer le sol à la pioche tous les quinze jours.
  • Évitez les gazons pour pailler vos aubergines et vos melons, le gazon donnant son goût au melon !

Des matériaux à décomposition plus rapide.

Quels sont les autres avantages du paillage ?

  • L’écran opaque formé par le paillage évite la repousse des  mauvaises herbes en les privant de lumière.
  • Cette couche évite le tassement du sol en empêchant le martèlement du sol par la pluie, surtout en terrain argileux. La terre reste aérée et souple. Le travail des vers de terre est plus aisé.
  • Enfin le paillage met en valeur le vert des feuillages et des pelouses ainsi que  les couleurs des fleurs.

Les cultures intercalaires permettent une meilleure gestion de la sécheresse.

Les Chinois de Formose  (Taïwan) installés en Côte d’Ivoire dans les années 1970,  pratiquaient les cultures intercalaires. Les rangs de choux étaient éloignés les uns des autres. Dans cet espace, un engrais vert était semé puis enfoui.

Les fraisiers vont profiter de l’eau donnée aux salades, aux poireaux ou aux haricots.

en savoir plus sur les cultures intercalaires.

Un système d’arrosage ancestral plein d’avenir: l’hoya

Ce système d’arrosage, vieux de 4000 ans, est toujours d’actualité en Afrique notamment en Haute-Volta (actuel Burkina Faso). Je l’ai découvert tout comme la culture Zaï, lors de mon séjour en Afrique.Oya

Qu’est-ce qu’une oya ?

Une oya est un pot en céramique micro-poreuse que l’on enterre à la couronne  des plantes (là où l’absorption d’eau par la plante est maximale) et que l’on remplit d’eau.  L’humidité nécessaire s’en échappe progressivement.

Quels sont les atouts de cette technique ?

  1. Avantages pour la plante:
    1. Les différentes tailles des récipients sont adaptées à toutes les cultures.
    2. L’arrosage constant et sans excès évite de stresser la plante qui puise par succion uniquement l’eau dont elle a besoin.
    3. Il maintient le substrat meuble, humide et favorise le développement de la faune et de la microflore, autant de facteurs favorables à un meilleur développement des plantes.
    4. Les mauvaises herbes ne se développent presque plus car la couche supérieure de la terre n’est pas irriguée: seule la plante visée bénéficie de l’irrigation.  
  2. Avantages pour la Planète
    1. L’oya étant enterrée, il n’y a pas d’évaporation: près de 100 % de l’eau dépensée est  utilisée par la plante. [De plus, ce système est discret et esthétique].
    2. L’économie d’eau est  substantielle,  de l’ordre de 50%. [la fréquence de remplissage du pot varie de 3 à 9 jours ou plus selon son volume, le type de sol, de plante, la chaleur et de climat, les besoins de la plante].
    3. Le matériau est 100 % naturel et biodégradable.
    4. Une fabrication est 100 % éthique et écologique.

Peut-on fabriquer soi-même son « oya » ?

Votre pot en terre est devenu poreux. Bouchez le trou du fond et enterrez-le à la couronne de la plante. Remplissez-le d’eau. Recouvrez le pot … et le tour est joué !

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